Carney promet de défendre la loi 96 face aux États-Unis, ses adversaires en doutent

Le chef du Parti libéral du Canada, Mark Carney
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Tous les chefs des principaux partis ont promis de défendre la loi 96 devant les attaques des États-Unis, qui considèrent la réforme de la Charte québécoise de la langue française comme une « barrière commerciale ». Le chef libéral Mark Carney en a même fait un « engagement personnel ».
Une prise de position qui a fait sourciller ses adversaires.
De passage à Winnipeg, le chef libéral s'est engagé personnellement à défendre la réforme prévue par la loi 96.
Dès le début de ma campagne pour la chefferie, j’ai dit : nous ne ferons jamais de négociations avec les États-Unis sur des sujets qui affectent la langue française, la culture et la gestion de l’offre. Ce ne sera jamais sur la table
, a assuré M. Carney, lors d'un point de presse dans une usine d'autobus de la capitale manitobaine.
Ces propos faisaient suite à un rapport du Bureau du représentant américain au commerce (USTR) publié lundi qui soulignait que les entreprises américaines redoutaient l’impact de la loi 96, puisqu'elles se verraient obligées de revoir l'emballage et l'étiquetage de leurs produits pour se conformer aux exigences québécoises en matière de français.
À l'instar du Parti libéral du Canada, les autres partis se sont tous portés à la défense de la loi 96, et de surcroît, du Québec. Mais ils ont également jugé que les propos de M. Carney étaient contradictoires, puisque ce dernier a laissé savoir la semaine dernière que le Parti libéral pourrait intervenir si la loi 96 se retrouvait devant la Cour suprême.
M. Carney est le seul chef qui appuie l'idée d'une intervention fédérale dans une éventuelle contestation de la loi 96 devant le plus haut tribunal du pays.
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« C'est incohérent », dit Blanchet
Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, a ainsi mis en doute les propos du chef libéral.
Je ne me fierai pas à la parole de M. Carney. Mark Carney, protéger la langue française, c’est comme si je protégeais le pétrole, c’est incohérent
, a-t-il déclaré lors de son passage à Sainte-Anne-des-Monts, dans la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Les provinces ont le droit de décider de leurs propres lois en ce qui concerne la langue
, a déclaré le chef conservateur Pierre Poilievre mardi. On ne va jamais, jamais permettre au président Trump, ou à d'autres chefs étrangers d'établir nos lois ici au Canada.
En même temps, a-t-il ajouté, M. Carney veut contester la loi [96] à la Cour. Donc, il veut aller dans le même sens que Donald Trump. Moi je ne vais pas faire ça.
Chez les néo-démocrates, le chef Jagmeet Singh, qui se trouvait à Edmonton, s'est dit « pour la loi 96 » et « pour la défense de la langue française au Québec ». « Ça ne va jamais être sur la table des négociations », a-t-il soutenu, se disant aussi « inquiet » devant la position de M. Carney vis-à-vis de la loi 96.
Même le premier ministre du Québec, François Legault, en mission économique en Allemagne, s'est joint à la mêlée, réitérant « qu'il n'était pas question de faire de compromis ».
Le français sera toujours vulnérable en Amérique du Nord
, a expliqué le chef de la Coalition avenir Québec, le parti politique à l'origine de cette réforme de la langue française.

Pas de contradiction, dit Carney
Lundi, Mark Carney avait exprimé son « malaise » à propos de la loi 96, puisque le gouvernement du Québec avait utilisé de manière préventive la disposition de dérogation pour soustraire sa pièce législative à la Charte canadienne des droits et libertés.
En réponse à ses détracteurs, le chef libéral a affirmé qu'il ne voyait pas de contradiction avec le fait de participer à une possible contestation sur la base de son utilisation de la clause dérogatoire.
Il ne s'agit pas de la première fois que la loi 96 est critiquée par nos voisins du sud, qu'ils soient démocrates ou républicains. L'administration de l'ancien président Joe Biden avait formulé des préoccupations à propos des dispositions de la loi en ce qui concerne l'affichage commercial.
Avec les informations de Ximena Sampson et de Joëlle Girard