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« Qatargate », l’affaire de financement occulte qui ébranle le pouvoir en Israël

Un homme déguisé en émir du Golfe donne de l'argent à un homme déguisé en Benyamin Nétanyahou lors d'une manifestation.

Des manifestants lors d'une mise en scène qui présente un émir du Golfe en train de donner de l'argent à Benyamin Nétanyahou.

Photo : afp via getty images / MENAHEM KAHANA

Agence France-Presse

Israël est secoué par des accusations qui impliquent des proches du premier ministre Benyamin Nétanyahou dans une affaire de financement en provenance du Qatar. Ce pays est l'hôte de dirigeants du Hamas et médiateur entre Israël et le mouvement islamiste palestinien.

Surnommée Qatargate par les médias israéliens, cette affaire repose sur des soupçons selon lesquels plusieurs proches de M. Nétanyahou auraient été recrutés pour promouvoir les intérêts du Qatar en Israël, où cet émirat du Golfe est considéré comme hostile.

Alors qu'Israël est en guerre contre le Hamas, deux conseillers de M. Nétanyahou sont soupçonnés d'avoir reçu des fonds du gouvernement qatari.

L'émirat est le principal médiateur dans les pourparlers indirects entre Israël et le mouvement islamiste palestinien. Depuis l'attaque du Hamas qui a déclenché la guerre, le 7 octobre 2023, c'est par son entremise qu'ont été conclues la première trêve, survenue fin novembre 2023, et la dernière, qui a tenu du 19 janvier au 17 mars.

Conflit au Moyen-Orient
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Un panache de fumée s'élève à la suite d'une frappe aérienne israélienne, dans la ville de Gaza, le samedi 7 octobre 2023.

Un tribunal a prolongé mardi la garde à vue des deux suspects et M. Nétanyahou a été entendu lundi soir par la police sur cette affaire.

L'enquête est toujours en cours.

Le tribunal a affirmé que les soupçons portaient sur des fonds destinés à améliorer l'image du Qatar auprès de l'opinion publique israélienne, notamment en ce qui concerne son rôle de médiateur pour la libération des otages à Gaza en échange de celle de prisonniers palestiniens.

Nétanyahou se pose en victime

Il s'agit d'une chasse aux sorcières, selon M. Nétanyahou, pour qui cette enquête est politique. Il a qualifié ses deux conseillers arrêtés, Yonatan Urich et Eli Feldstein, d'otages de la police.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

Benyamin Nétanyahou lors d'une audience au cours d'un procès où il a été entendu.

Photo : pool/afp via getty images / YAIR SAGI

Il n'y a aucune affaire, absolument rien, juste une chasse aux sorcières, rien d'autre, a-t-il martelé dans une vidéo sur Telegram.

Selon des médias israéliens, les deux hommes sont aussi soupçonnés d'avoir transmis des informations confidentielles à des sources qataries, et ce, en pleine guerre à Gaza.

Ce n'est pas la première fois que nous faisons l'objet d'une campagne de dénigrement de la part de ceux qui ne veulent pas voir la fin de ce conflit ou la remise des otages restants à leurs familles, a réagi un responsable du gouvernement qatari interrogé par l'AFP, ajoutant que son pays poursuivra ses efforts de médiation pour mettre fin à la guerre.

M. Urich est considéré comme un des hommes les plus proches de M. Nétanyahou. Ancien porte-parole de son parti, le Likoud, il dirige une agence de conseil, dont des médias israéliens affirment qu'elle aurait été engagée par le Qatar pour polir son image avant la Coupe du monde de football en 2022.

M. Feldstein est déjà sous le coup d'une enquête, révélée fin 2024, suspecté d'avoir fait fuiter des documents militaires confidentiels à des journalistes quand il était un des porte-parole de M. Nétanyahou.

Le tribunal a déclaré mardi qu'un des deux suspects, alors en poste au bureau de M. Nétanyahou, avait reçu de l'argent de Jay Footlik, un lobbyiste américain pour le compte du Qatar, qui a pignon sur rue à Washington.

Des hommes sont assis autour d'une table.

Le Qatar a joué un rôle clé dans la négociation de la trêve de novembre 2023 entre Israël et le Hamas.

Photo : Getty Images / Jordan Pix

Le Shin Bet au cœur de la bataille politique

Pour Jonathan Rynhold, directeur du département d'études politiques à l'Université Bar-Ilan, cette affaire regroupe dans un même sac tout ce qui sent le soufre autour de Nétanyahou.

Cela lie Nétanyahou directement à la politique de complaisance envers le Hamas, explique-t-il, en référence à la politique israélienne qui a autorisé Doha à envoyer pendant des années des millions de dollars en espèces à Gaza.

Une partie de l'opinion israélienne estime, à la lumière du 7 octobre 2023, que cela a renforcé le Hamas et lui a permis d'attaquer Israël.

Début mars, Doha a rejeté comme de fausses accusations les conclusions d'une enquête de l'Agence de la sécurité intérieure israélienne [Shin Bet] affirmant que des fonds qataris avaient renforcé le Hamas avant le 7 octobre 2023.

Pour M. Rynhold, le Qatargate pose la question du respect de l'État de droit en Israël.

M. Nétanyahou a décidé le 21 mars de limoger Ronen Bar, le chef du Shin Bet, arguant ne plus avoir aucune confiance en lui sur les plans professionnel et personnel.

L'opposition accuse M. Nétanyahou d'avoir agi ainsi pour stopper l'enquête du Shin Bet sur le Qatargate. Saisie de recours, la Cour suprême a suspendu le limogeage de M. Bar jusqu'au 8 avril.

Dans un pays normal, si le premier ministre avait des espions dans son bureau, il démissionnerait, mais nous ne sommes pas dans une période normale.

Une citation de Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem

Plutôt que de démissionner, M. Nétanyahou contre-attaque et présente la situation comme si les services secrets l'avaient pris pour cible parce qu'il veut limoger leur chef, relève-t-il.

À terme, estime M. Rahat, il n'est pas certain que M. Nétanyahou puisse se maintenir en poste si des preuves solides sont présentées contre lui ou contre ses collaborateurs.

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