L’accord arraché à Riyad par les États-Unis, après trois jours de négociations séparées avec la Russie et l’Ukraine, constitue une “évolution positive” dans le conflit entre les deux pays, mais il semble “plus avantageux pour la Russie que pour l’Ukraine, qui a déjà remporté sa bataille navale en mer Noire”, résume The Daily Telegraph.

“L’élément clé de l’accord vise à garantir la sécurité du passage des navires commerciaux et à mettre fin aux frappes militaires en mer Noire”, note CNN. “La Russie et l’Ukraine retrouveraient ainsi un accès sans entrave aux ports essentiels à leurs exportations de céréales et d’autres produits agricoles.”

Une deuxième partie de l’accord prévoit “l’élaboration de mesures” pour suspendre les frappes sur les installations énergétiques russes et ukrainiennes pendant trente jours.

“Mais avec le Kremlin, il y a toujours un hic”, déplore la chaîne américaine. Après l’annonce de l’accord par la Maison-Blanche, “le Kremlin a révélé qu’il ne le mettrait en œuvre qu’après la levée d’une série de sanctions contre ses institutions financières impliquées dans le commerce agricole”.

Première étape vers la levée des sanctions

Les mesures exigées par la Russie comprennent notamment “la reconnexion des banques concernées au système de paiement [international] Swift, la levée des restrictions sur l’entretien des navires sous pavillon russe impliqués dans le commerce alimentaire, et sur la fourniture de machines agricoles et d’autres biens nécessaires à la production alimentaire”, détaille la BBC.

“Si les États-Unis répondent aux exigences de la Russie, ce serait la première étape vers la levée des sanctions contre l’économie russe, inversant ainsi concrètement la politique occidentale visant à accroître la pression sur le Kremlin et son système financier”, analyse The New York Times.

En des termes un peu vagues, le communiqué de la Maison-Blanche semblait offrir un début de réponse, assurant que Washington aiderait “à rétablir l’accès de la Russie au marché mondial pour ses exportations de produits agricoles et d’engrais”.

Interrogé sur le sujet dans la soirée, le président américain, Donald Trump, s’est montré tout aussi vague. “Nous réfléchissons à chacune [des conditions] en ce moment. Il y a environ cinq ou six conditions. Nous les examinons toutes”, a-t-il déclaré aux journalistes à la Maison-Blanche.

“Concession sur concession”

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui avait affirmé dans la journée qu’il comptait mettre en œuvre l’accord, s’est montré beaucoup moins enthousiaste dans la soirée, après la révélation des conditions posées par le Kremlin, affirmant que l’Ukraine “n’avait pas consenti à ces concessions”, rapporte The Kyiv Post.

“Cette question n’était pas à l’ordre du jour avant la réunion. À notre connaissance, les Russes l’ont soulevée auprès des Américains, a-t-il déclaré. Nous n’avons pas accepté que cela soit inclus dans notre déclaration commune.” Pour lui, ces conditions “affaiblissent la position de négociation de l’Ukraine” et constituent un “pas en avant vers l’aide à la Russie”.

Pour The Guardian, “le Kremlin exploite son avantage face à une Maison-Blanche impatiente de démontrer que Donald Trump est le seul dirigeant capable d’apporter la paix dans sa guerre contre l’Ukraine”, car l’accord offre “concession sur concession au Kremlin”.

Les exigences russes indiquent en outre que “Moscou cherchera à imposer un double prix pour mettre fin à sa guerre contre l’Ukraine : des concessions politiques et militaires de la part de l’Ukraine, ainsi qu’une sortie de l’isolement international qui a suivi son invasion à grande échelle en 2022”. Et “il semble que l’administration Trump soit prête” à dire oui.

Pour le quotidien britannique, “l’accord de mardi et les déclarations séparées qui ont émergé soulèveront de nouvelles questions quant à la capacité des États-Unis à jouer un rôle de médiateur dans un conflit dans lequel ils semblent clairement sympathiser avec le Kremlin”.