Après les inondations, les agriculteurs redoutent "la plus grande catastrophe depuis l'après-guerre"

Après les inondations, les agriculteurs redoutent "la plus grande catastrophe depuis l'après-guerre"

Plus d'un mois après les inondations, l'eau s'est retirée mais le calvaire commence pour les agricul...
© 2016 AFP

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Plus d'un mois après les inondations, l'eau s'est retirée mais le calvaire commence pour les agriculteurs d'Île-de-France. "On va vivre la plus grande catastrophe depuis l'après-guerre", craint Nicolas Galpin au lancement de ses moissons.

A Auvernaux, dans l'Essonne, cet agriculteur de 39 ans a vu sa ferme, son stockage de blé et une partie de ses terres inondés fin mai par le ruisseau du village, qui se jette dans la Seine quelques kilomètres plus loin, en Seine-et-Marne.

Sept semaines plus tard, les moissons débutent avec un défi : "ne pas enliser la moissonneuse-batteuse". Les sols ont séché en surface, mais beaucoup restent trop meubles pour supporter un engin de 15 tonnes.

Les pois protéagineux qu'il vient de récolter sont trois fois moins nombreux que l'an passé. Pire, ils oscillent entre le verdâtre et le marron au lieu d'être clairs, sont anormalement petits et seront sûrement vendus avec "15 à 20% de décote", pour une consommation animale plutôt qu'humaine.

Encore plus que la crue, les pluies diluviennes et l'absence de lumière en mai et juin ont ruiné ses champs, situés de part et d'autre de l'A6, "l'autoroute du soleil".

"On a eu 300 mm de précipitations en l'espace de trois semaines. C'est ce qu'il tombe en six mois normalement", se désole M. Galpin, descendant de trois générations d'agriculteurs.

- 'Jamais vu ça' -

Lui, n'a "jamais vu ça".

Résultat, les sols n'ont pas absorbé l'eau qui a formé des "mouillères", de grandes flaques stagnantes, dans les creux de l'exploitation. Au milieu de ses blés - sa plus grosse culture -, on trouve encore un trou marécageux, où l'eau a couché les épis au sol.

"Je ne récolterai pas ici", constate l'agriculteur. Il commencera la moisson du blé en fin de semaine, avec peu d'espoir: les épis encore debout qu'il broie dans sa main découvrent des grains rachitiques, atrophiés par la fusariose, un champignon friand d'humidité.

"Ils ne contiennent aucune farine, il n'y a que l'enveloppe du grain. (...) C'est quasiment impossible à utiliser pour la filière meunière", résume-t-il. Cette qualité médiocre augure d'une chute des rendements en Île-de-France, où les céréales dominent largement la production agricole.

Même les betteraves, à récolter en octobre, l'inquiètent. Il craint une baisse "de 20 à 30%" de leur rendement en sucre, après leur noyade.

Quinze kilomètres au nord, à Tigery, Nicolas Pauwels attend que ses pommes de terre repoussent, là où il devrait normalement être en train de les ramasser. L'eau stagnante ayant étouffé nombre de pieds, ce producteur de 23 ans va perdre "20 à 30%" de sa récolte. Tout juste installé, il craint des pertes pouvant aller "jusqu'à 4.000 ou 5.000 euros l'hectare".

- Faillites? -

Sa ferme est heureusement adossée à un négoce de pommes de terre, qui conditionne des tubercules de toute la France pour la grande distribution. "Si on n'avait pas cette activité, je ne dormirais plus", confie-t-il.

M. Galpin table lui sur "un trou de 100.000 euros" dans ses comptes - 500 euros de pertes sur chacun des 200 hectares de son exploitation.

Et ce, malgré son assurance contre les aléas climatiques. Une protection coûteuse et rare, contractée par seulement 10% des exploitants d'Île-de-France, selon la chambre d'agriculture régionale.

Au total, plus de 3.000 hectares ont été inondés dans la région, selon les différentes chambres départementales. Le conseil régional a débloqué un million d'euros pour les agriculteurs touchés, mais cet argent n'ira pas aux victimes des simples intempéries.

Certains peuvent être reconnus en état de "calamité agricole", mais "la procédure est longue et incertaine", pointe Hervé Billet, le président de la chambre régionale.

Conséquences des pluies torrentielles et inondations, "il va manquer cette année 500 à 600 millions d'euros, au minimum" aux 6.000 agriculteurs d'Île-de-France, dont un tiers étaient déjà en difficulté, estime-t-il. Si les banques ne suivent pas, la région pourrait vivre des faillites, "comme on n'en a plus vu depuis les années 30", avertit-il.

"Dans deux mois, je ne peux plus payer mes factures", souffle Nicolas Galpin. "On a tous le moral dans les chaussettes", dit-il, craignant "que certains se suicident".

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