Un Français expatrié aux Etats-Unis sur cinq envisage de rentrer

États-Unis, Canada… Un Français expatrié sur cinq songe à rentrer, selon une enquête menée par leur député

demi-tourUne large enquête menée par Roland Lescure révèle l’inquiétude croissante des Français expatriés aux États-Unis et au Canada. Pouvoir d’achat, climat politique, avenir professionnel : les chercheurs et étudiants sont les plus alarmés
Anne-Fleur Andrle

Anne-Fleur Andrle

L'essentiel

  • Une enquête menée auprès de 9.098 Français expatriés en Amérique du Nord révèle une anxiété massive, surtout chez les chercheurs, étudiants et diplomates.
  • Roland Lescure, député des Français établis hors de France, indique : « Ce ne sont pas des wokistes qui s’inquiètent, mais des chercheurs en biomédecine », soulignant les craintes concrètes liées à l’emploi, la santé, la retraite et l’immigration.
  • Les inquiétudes sont plus contenues au Canada mais restent présentes, avec 41,7 % des Français expatriés qui craignent une tension militaire entre le Canada et les États-Unis, tandis que Lescure appelle l’Europe à devenir « the place to be » pour attirer les scientifiques.

C’est une enquête inédite sur le moral des Français d’Amérique du Nord qui a été envoyée aux personnes inscrites sur les listes consulaires de la circonscription. Le député des Français établis hors de France Roland Lescure, vice-président de l’Assemblée nationale, a recueilli entre le 17 et le 22 mars les réponses de quelque 9.098 expatriés vivant aux États-Unis ou au Canada, sur fond de retour au pouvoir de Donald Trump.

Résultat : une anxiété massive, qui touche particulièrement les chercheurs, les étudiants et les diplomates. « C’est probablement la fin de l’American Dream », estime Roland Lescure, invité ce mercredi sur France Inter. « Les Français qui sont là-bas sont partis parce qu’ils rêvaient de liberté. Liberté de gagner de l’argent, d’entreprendre, de chercher. » Des libertés remises en question.

« Ce ne sont pas des wokistes qui s’inquiètent, mais des chercheurs en biomédecine »

Selon l’enquête, 25,9 % des enseignants-chercheurs vivant aux États-Unis envisagent de quitter le pays, soit bien plus que la moyenne des expatriés (18,6 %). Le pessimisme avoisinne les 100 % chez les étudiants, 97 % chez les diplomates et 89,7 % chez les chercheurs.

Dans une interview au Parisien, Roland Lescure explique : « Ils peuvent être virés du jour au lendemain s’ils parlent d’embryons et de génome. Ce ne sont pas des wokistes qui s’inquiètent, mais des chercheurs en biomédecine. »

« Des inquiétudes très concrètes »

Outre la recherche, plus d’un quart des Français vivants aux États-Unis et près d’un tiers de ceux établis au Canada estiment que l’état des relations internationales impacte ou pourrait impacter leur activité professionnelle. Plusieurs répondants font état de craintes liées à l’immigration : perte de Green Card, renvoi arbitraire, difficultés de retour en France. « Ce sont des inquiétudes très concrètes : emploi, santé, retraite, douane, frontière… », résume le député.

Du côté des perceptions internationales, 67,8 % des Français des États-Unis voient désormais les Etats-Unis comme un adversaire de l’Europe dans le conflit russo-ukrainien, et plus de huit Français expatriés dans la zone sur dix sur la lutte contre le climat. Selon l’analyse de Roland Lescure, les Français expatriés restent attachés au lien transatlantique, mais perçoivent un affaiblissement de cette relation. 61 % des sondés considèrent pourtant que ce lien reste « indispensable ».

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Des inquiétudes plus contenues au Canada

Les expatriés du Canada sont globalement moins alarmés, mais pas sereins pour autant : 6 % envisagent un départ, 40,9 % s’inquiètent de la situation entre les États-Unis et l’Europe, et 41,7 % craignent même une tension militaire entre le Canada et les USA. Près d’un français établi au Canada sur deux estime qu’un rapprochement entre l’Europe et le Canada est urgent et nécessaire.

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Roland Lescure appelle à transformer cette crise en opportunité. Selon lui, l’Europe doit redevenir attractive pour les scientifiques. Une douzaine de ministres européens, à l’initiative du Français Philippe Baptiste, ont écrit à la Commission européenne pour organiser une cellule d’accueil des chercheurs. « L’Europe doit devenir the place to be. Il faut créer des bourses, un guichet unique, agir vite », insiste Lescure, qui transmettra son rapport à l’Élysée, Matignon et au Quai d’Orsay.