Manuel Valls chez Laurent Ruquier: Le périlleux pari de «Robocom»

Manuel Valls chez Laurent Ruquier: Le périlleux pari de «Robocom»

COMMUNICATIONC’est la première fois qu’un Premier ministre en exercice se rend sur le plateau de l’émission phare de France 2 « On n’est pas couché »…
Hélène Sergent

Hélène Sergent

Une première, du jamais vu. Samedi 16 janvier, le Premier ministre Manuel Valls sera l’invité politique de Laurent Ruquier et de ses chroniqueurs sur le plateau de l’émission On n’est pas couché. Jamais un chef de gouvernement en exercice ne s’était prêté au jeu depuis la création de l’émission en 2006. Et c’est peu dire que la venue de l’ancien maire d’Evry (Essonne) sur le plateau de Laurent Ruquier suscite des réactions mitigées, dans son camp comme dans l’opposition.

La « politique spectacle »

Dès la confirmation de sa venue sur France 2 par la directrice du divertissement, Manuel Valls a fait l’objet de vives critiques lors des traditionnelles questions au gouvernement à l’Assemblée, accusé de dévaluer la parole politique.



« Pensez-vous vous rapprocher de la France qui se lève tôt en allant sur le plateau d’On n’est pas couché, M. le premier ministre ? […] Cette émission qui ne sert pas la grandeur de l’engagement politique est peut-être intéressante pour le socialiste Manuel Valls, mais ce n’est surtout pas la place du premier ministre de la France. Ne nous dites pas que le président de la République va y aller aussi ? » a lancé le député Les Républicains Jean-Charles Taugourdeau (Maine-et-Loire), suscitant rires et moqueries des élus et du principal intéressé.

Une prise de risque

Pas de quoi déstabiliser le locataire de Matignon, rodé à l’exercice. Depuis le 31 août dernier, le Premier ministre s’est exprimé à 24 reprises à la télévision, relèvent nos confrères d’Europe 1. Son intervention, au lendemain des attaques terroristes de Paris, sur le plateau du Petit Journal de Canal + avait laissé dubitatifs nombre d’observateurs. Dans l’entourage de Valls, on relativise et on souligne la nécessité de s’adresser « à tous les publics ».

Mais pour Cécile Delozier, consultante en communication auprès de responsables politiques, le Premier ministre prend un risque et s’expose : « Il va faire face à des gens dont le but n’est pas de servir son discours mais de mettre en valeur leur propre parole. Chaque chroniqueur se met en scène, se valorise, souvent au détriment de l’invité. Leurs objectifs sont discordants ».

« Qui a dit « Les politiques sont là pr bosser ! Pas pr faire les cons dans une émission de téloche ! » ? Laurent Ruquier ! Oct98, invité d’Ardisson — Apolline De Malherbe (@apollineWakeUp) January 14, 2016 »

L’interview, qui devrait durer entre une heure et une heure et quart, en compagnie de la journaliste Léa Salamé et de Yann Moix, laissera donc la place au débat mais également au risque de « dérapage ». Une aubaine potentielle pour la chaîne : la sortie de Nadine Morano sur « la race blanche », sur le plateau de Ruquier en octobre dernier a généré les meilleures audiences de l’émission depuis septembre avec près d’1,4 million de téléspectateurs.

L’intervention s’annonce périlleuse insiste Cécile Delozier : « Par nature l’exercice est biaisé. Si on trouve notre Premier ministre 'fun' et sympa, l’exercice ne sera pas réussi pour autant. Le 'pacte' qui lie les citoyens et leurs élus ne s’appuie pas sur l’humour et la sympathie. Certes, il veut toucher un grand nombre de gens, souvent éloignés du politique et c’est louable. Mais il a plus à perdre qu’à gagner ».