(Ottawa) Après une carrière de près de 20 ans à Ottawa dont plus de six ans comme ministre fédéral, Pablo Rodriguez a le goût de relever un nouveau défi. Le ministre des Transports du Canada et lieutenant politique de Justin Trudeau au Québec va donc briguer la direction du Parti libéral du Québec (PLQ).
M. Rodriguez va confirmer ses intentions officiellement jeudi matin lors d’une conférence de presse qui aura lieu à Gatineau. Mais avant même qu’il ne prenne la parole devant les médias, il est la cible d’attaques de la part d’autres candidats qui ont confirmé leurs intentions de briguer la direction du PLQ. De toute évidence, sa candidature dérange et force les autres aspirants à ajuster le tir.
M. Rodriguez entend démissionner de son poste de ministre des Transports et de ses fonctions de lieutenant politique dès cette semaine pour se consacrer à la course au leadership, selon nos informations. Il devrait toutefois rester en poste comme député d’Honoré-Mercier pour le moment.
Ce faisant, M. Rodriguez deviendra le cinquième candidat à confirmer ses intentions de succéder à Dominique Anglade. Les autres candidats sont l’ancien ministre fédéral et ex-maire de Montréal Denis Coderre, l’ancien président de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Charles Milliard, le député du PLQ dans Marguerite-Bourgeoys, Frédéric Beauchemin, et Marc Bélanger, un avocat fiscaliste originaire de Matane.
Selon nos informations, M. Rodriguez entend jouer la carte du leader rassembleur durant cette course au leadership qui commence officiellement en janvier. Il compte aussi mettre de l’avant sa vaste expérience comme ministre d’un gouvernement. Avant de prendre la barre du ministère des Transports, M. Rodriguez a été successivement leader du gouvernement en Chambre et ministre du Patrimoine. Ses fonctions de lieutenant politique l’ont appelé à jouer un rôle de défenseur des intérêts du Québec au sein du gouvernement Trudeau et à veiller à maintenir de bonnes relations de travail entre Ottawa et Québec.
Il va mettre de l’avant qu’il est un leader rassembleur qui veut construire un Québec pour tous. Il va aussi souligner qu’en tant que lieutenant politique, il a défendu les intérêts du Québec avec toute la force qu’on lui connaît durant les réunions du cabinet et auprès de ses collègues. C’est une expérience qui va lui servir.
Un libéral bien au fait des intentions de Pablo Rodriguez
Avant de confirmer ses intentions, M. Rodriguez a reçu l’appui de la députée Notre-Dame-de-Grâce, Désirée McGraw, dans la course au leadership. Il recevra aussi l’appui de Luc Fortin, un ancien ministre dans le gouvernement de Philippe Couillard. M. Fortin, qui a été député de Sherbrooke, doit agir à titre de coprésident de sa campagne au leadership, selon nos informations.
Quand il avait confirmé le mois dernier qu’il songeait à briguer la direction du PLQ, M. Rodriguez avait affirmé qu’il s’agirait d’un retour aux sources pour lui.
« En tant que ministre des Transports et lieutenant du Québec du gouvernement de Justin Trudeau, je suis fier de travailler avec acharnement pour le bien des Québécois et de tous les Canadiens. Je suis sincèrement touché par les nombreuses demandes que j’ai reçues de retourner là où tout a commencé pour moi », avait-il affirmé dans une déclaration écrite, rappelant qu’il avait siégé au sein de la commission jeunesse du PLQ.
La démission de M. Rodriguez du cabinet forcera le premier ministre Justin Trudeau à remanier son cabinet et à nommer une nouvelle personne au poste de lieutenant politique du Québec tandis que des élections fédérales se profilent à l’horizon.
La décision de M. Rodriguez tombe également quelques jours après que les libéraux de Justin Trudeau ont encaissé une dure défaite dans la circonscription de LaSalle-Émard-Verdun lundi soir. Le Bloc québécois a remporté la victoire dans une lutte à trois serrée.
Le départ de M. Rodriguez a suscité de nombreuses réactions. Son collègue du cabinet, le ministre de l’Industrie François-Philippe Champagne, a souhaité la meilleure des chances à son « ami très très très proche ». Il a nié que le départ de Pablo Rodriguez avait un lien avec les difficultés qu’éprouve le gouvernement Trudeau dans les sondages. « Ce n’est pas d’hier que Pablo considère servir les intérêts du Québec ; il l’a fait ici à Ottawa, il l’a fait comme lieutenant du Québec », a-t-il plaidé.
M. Champagne avait lui-même fait l’objet de vives pressions de la part de militants du PLQ afin de briguer la direction du parti et faire le saut sur la scène provinciale. M. Champagne a écarté cette option après quelques semaines de réflexion, soutenant qu’il avait encore une mission à accomplir à Ottawa.
De son côté, le ministre de l’Approvisionnement et des Services publics, Jean-Yves Duclos, a tenu à exprimer son « sentiment de gratitude » pour tout ce que son collègue a accompli dans la région de Québec. Selon lui, si Pablo Rodriguez quitte une colline pour tenter de s’installer sur une autre, c’est « pour continuer ce qu’il fait depuis 20 ans au Parti libéral et au gouvernement du Canada », notamment pour la classe moyenne. Le ministre Duclos n’a pas voulu dire s’il était intéressé à devenir lieutenant du Québec, se contentant de philosopher que le départ de son collègue laissait certes « un vide », mais dans un « espace très dense ».