Cet article vous est offert
Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous
Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ?

JO de Tokyo 2021 : la victoire morale de Simone Biles

Editorial. Personne n’oubliera la franchise avec laquelle la gymnaste américaine a expliqué les raisons qui l’ont conduite à renoncer à plusieurs épreuves. Les sportifs doivent pouvoir évoquer leur santé mentale avec autant d’aisance qu’ils parlent de leurs blessures physiques.

Publié le 04 août 2021 à 11h46 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Les sportifs de haut niveau sont aussi des êtres humains. Cette évidence, qu’il a longtemps été de bon ton de taire, vient d’éclater en pleine lumière pendant les Jeux olympiques de Tokyo. L’histoire retiendra que c’est en grande partie à une gymnaste américaine, Simone Biles, que l’on doit cette reconnaissance. En annonçant, le 27 juillet, son retrait de plusieurs épreuves pour « protéger sa santé mentale », la jeune femme, quatre fois médaillée d’or olympique en 2016, a brisé un tabou et ouvert le débat sur la santé mentale des champions.

Après une semaine d’absence de la compétition, Simone Biles a finalement concouru à la dernière épreuve, mardi 3 août, et arraché la médaille de bronze. Dans le monde olympique, personne n’oubliera la franchise avec laquelle cette athlète de 24 ans, l’une des plus grandes championnes de gymnastique, a expliqué les raisons qui l’ont conduite à renoncer, après avoir constaté au cours de la première épreuve une absence de coordination entre son cerveau et son corps pendant qu’elle effectuait une périlleuse figure en l’air.

« Nous devons protéger notre esprit et notre corps, pas seulement faire ce que le monde attend de nous, a-t-elle dit à la presse. J’ai moins confiance en moi. Il y a ces quelques jours où tout le monde tweete sur vous et vous sentez le poids du monde. Nous ne sommes pas juste des athlètes. Au bout du compte, nous sommes des êtres humains et, parfois, il faut savoir se mettre en retrait. »

La pression psychologique est énorme sur les athlètes d’élite. La pression des Etats, d’abord, qui investissent de l’argent sur eux pour amasser de nombreuses de médailles, instrument parmi d’autres de la compétition géopolitique. La pression du public, ensuite, aussi prompt à les idolâtrer qu’à les vouer aux gémonies lorsqu’ils déçoivent ou dévient de la trajectoire parfaite ; cette pression est évidemment accentuée par les réseaux sociaux.

La tension personnelle, enfin, pour ces athlètes toujours en quête de perfection ; elle a été plus lourde cette année avec ces Jeux si particuliers, disputés à l’ombre de la pandémie. Il a fallu surmonter un an de report, gérer l’incertitude, l’épreuve du confinement, l’arrêt de l’entraînement et la suppression des compétitions. A Tokyo, les athlètes ont été privés de la chaleur du public dans les tribunes et, souvent, du soutien de l’entourage familial.

La décision de Simone Biles et l’accueil généralement bienveillant qui lui a été réservé montrent que quelque chose est en train de changer dans le sport de haut niveau. La joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka avait été moins bien reçue en annonçant, le 31 mai, son retrait du tournoi de Roland-Garros pour se protéger mentalement.

Les révélations des abus sexuels dans le sport, et notamment le procès du médecin de l’équipe de gymnastique américaine, Larry Nassar, dont Simone Biles a été une des victimes, ont sans doute contribué à cette prise de conscience. Les sportives s’emparent aussi du sujet de l’instrumentalisation des corps féminins : à l’initiative d’athlètes allemandes et norvégiennes, elles commencent à imposer l’idée que l’exigence de bikinis et de justaucorps échancrés ne relève pas de l’excellence sportive.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés JO de Tokyo 2021 : la tenue des sportives, un tissu de sexisme ?

Cette évolution est importante. Les sportifs doivent pouvoir évoquer ouvertement leur santé mentale et parler du suivi d’un problème psychologique avec autant d’aisance qu’ils parlent de leurs blessures physiques. Car la victoire dépend aussi, précisément, du mental et de la concentration. Merci, Simone Biles.

Le Monde

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner

Contribuer

Réutiliser ce contenu

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.

Lecture restreinte

Votre abonnement n’autorise pas la lecture de cet article

Pour plus d’informations, merci de contacter notre service commercial.