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Revue de l'Occident Musulman et de la Méditerranée. 32, 1981-2.
LE COMMERCE TRANS-SAHARIEN AU XIXe SIÈCLE
Essai de quantification
par Jean-Louis MIÈGE
L'importance séculaire des échanges trans-sahariens a maintes fois été soulignée. Ils ont fait l'objet, depuis une décennie, d'un revif d'intérêt et les nouvelles recherches tendent à en réévaluer le montant et à en préciser la périodisation en reportant notamment leur temps fort au- milieu du XIXe siècle, contre l'opinion jadis dominante (1). Les études sur la traite, multipliées aussi depuis quelques années, intègrent désormais dans les bilans globaux, non seulement la traite orientale, à partir des côtes africaines de l'Océan Indien, naguère quelque peu négligée, mais aussi la traite terrestre vers les rives méditerranéennes et celles de la Mer Rouge qui n'avaient presque jamais été prises en compte dans les évaluations (2).
Le moment semble donc venu d'établir un bilan de ce chantier historique en pleine activité et d'esquisser un tableau d'ensemble des différentes voies de ce trafic, étudiées le plus souvent indépendamment les unes des autres, l'articulation de ces réseaux, et leur importance respective. Dans cet essai d'étude quantitative, pour l'ensemble du XIXe siècle, nous laissons volontairement de côté, faute de place, le détail de l'organisation des caravanes, leur financement.
Les structures
Le caractère essentiel que nous voudrions ici souligner est que ce commerce, au- delà des échanges régionaux de compensation, nés de déséquilibres permanents ou temporaires et de l'existence d'économies complémentaires, présente les traits d'un commerce international; des échanges des produits du nord et des marchandises fabriquées, en grande partie européenne, et des produits de l'Afrique Noire. Ce marché international se règle, comme tout marché, essentiellement par des lois d'offre et de demande dont le rapport se traduit par des fluctuations de prix, initiatrices d'activités nouvelles en phase de hausse ou amenant l'abandon d'anciens échanges en cas de baisse.